Je suis devenue ta maman différemment

Je ne t’ai pas vu. Je ne t’ai pas entendu. Tu as vite disparu au creux de ces mains bienveillantes occupées à te faire prendre ton premier souffle. Je ne t’ai pas pris avant plusieurs jours, mais je t’aimais déjà.

 

Mon minuscule petit garçon. Mon bébé d’à peine 2 livres. C’est du haut de notre 27e semaine de cohabitation qu’on t'a arraché de mon ventre, qu’on m’a arraché une partie du cœur aussi.

 

Nos doigts se sont agrippés trop peu longtemps lors de notre première rencontre à travers les portes de ta petite isolette. Notre fameux peau à peau dont j’ai tant rêvé en te berçant au creux de mon ventre viendra plus tard pour nous.

Je suis retournée à la maison les bras aussi vides que le ventre, mais mon cœur était solidement lié au tien, mon amour. N’en doute jamais. Je devais être ta maman, mais je devais aussi l’être pour ton grand frère de tout juste 14 mois.

 

C’est à coup de petit millilitres de mon lait durement tiré à la fois que je t’ai regardé grandir. Tu n’y a pas goûté avant plusieurs semaines. Il était dirigé directement dans ton estomac par un tube de gavage, l’un des nombreux équipements qui t’ont permis de sortir de l’hôpital après 91 interminables jours. J’ai observé chacun de tes petits souffles poussés à l’aide de ton respirateur, tout en retenant les miens. J’ai célébré le port de ton tout premier petit pyjama prématuré dans lequel tu te perdais 6 semaines après ta naissance. C’était doux. C’était amer.

T’es pas un miracle, mon bébé. Loin de là. T’es le fruit de l’avancée médicale. T’es le fruit de la science et des humains du réseau de la santé qui ont le cœur sur la main. T’es le résultat de deux grands-mamans dévouées qui étaient 24/7 à la maison pendant des mois avec ton frère pour que je puisse me rendre à ton chevet. De ton Papa aussi, si tu savais! T’es mes journées entières au son du tire-lait qui ne me quittait jamais. T’es toutes les pensées et les p’tits mots d’encouragement de notre entourage. T’es le fruit de ton propre courage, mon chéri.

 

Merci de t’être battu sans même savoir ce qui t’attendait derrière les murs de l’hôpital. Je t’aime depuis le premier jour et pour toujours.

 

Ta maman xxx

 Véronique Cameron